Le droit à la prise en copropriété, étape par étape
Mis à jour le par la rédaction
Propriétaire ou locataire d'une place privative dans un immeuble collectif, vous pouvez faire poser une borne à vos frais sans vote de l'assemblée générale. Le syndic dispose de 3 mois pour s'y opposer, et seulement devant le tribunal, pour un motif sérieux et légitime.
Qui peut invoquer le droit à la prise
Le droit à la prise est ouvert au copropriétaire, au locataire et à l'occupant de bonne foi. Il porte sur une place de stationnement à usage privatif et d'accès sécurisé dans un immeuble collectif : box, place en sous-sol ou place extérieure dans une résidence fermée. Le demandeur paie l'installation, et sa consommation doit être comptée individuellement. Il ne s'applique pas aux places communes, qui relèvent d'une décision de l'assemblée générale. Il ne concerne pas non plus les maisons individuelles, où le propriétaire n'a pas de syndicat à informer.
Ce que dit la loi
Le propriétaire d'un immeuble collectif doté de places de stationnement d'accès sécurisé à usage privatif ou, en copropriété, le syndicat représenté par le syndic, ne peut s'opposer sans motif sérieux et légitime à l'équipement de ces places en installations de recharge avec comptage individuel. Les modalités de notification, les pièces à fournir et les délais d'opposition sont fixés par décret.
Articles L113-16 et R113-7 à R113-10 du Code de la construction et de l'habitation
La procédure en 7 étapes
- Vérifier l'absence de projet collectif Demandez au syndic le dernier procès-verbal d'assemblée. Si une infrastructure collective a été votée et doit être réalisée dans un délai raisonnable, votre demande pourrait être contestée.
- Faire réaliser la visite technique Un installateur qualifié IRVE repère le point de raccordement, mesure le trajet du câble et vérifie la puissance disponible. Le syndic doit lui permettre d'accéder aux locaux techniques.
- Constituer le dossier L'installateur fournit le descriptif détaillé des travaux, le plan technique d'intervention et le schéma de raccordement. Si vous visez la prime Advenir, la demande se crée à ce stade sur la base du devis signé, et vous signez l'offre de prime avant tout début de travaux.
- Envoyer la lettre recommandée Le copropriétaire l'adresse au syndic, avec accusé de réception. Le locataire l'adresse à son propriétaire, qui transmet le dossier au syndic dans le mois.
- Attendre 3 mois Le délai court à partir de la notification. Si le syndicat veut s'opposer, il doit saisir le président du tribunal judiciaire dans ce délai et vous en informer dans les 15 jours.
- Notifier le prestataire retenu Communiquez au syndic le nom et les coordonnées de l'installateur. Le syndic dispose de 2 mois pour signer avec lui une convention fixant les conditions d'accès et d'intervention dans les parties communes, sans avoir à consulter l'assemblée.
- Réaliser les travaux Sans saisine du tribunal, la pose peut commencer conformément au dossier notifié. Le syndic informe ensuite la prochaine assemblée générale de l'installation, sans vote.
Notre générateur rédige la lettre recommandée à partir de vos informations, avec la liste des pièces à joindre.
Modèle fourni à titre d'aide, à adapter à votre situation. Joignez les pièces établies par l'installateur avant l'envoi en recommandé avec accusé de réception.
Les pièces à joindre
Un devis seul ne suffit pas. Le texte exige trois documents techniques, et un dossier incomplet expose à une contestation sur le point de départ du délai de 3 mois.
| Pièce | Contenu attendu | Qui la prépare |
|---|---|---|
| Descriptif détaillé des travaux | Matériel (borne, puissance, protections, comptage), nature des travaux, durée prévue | L'installateur IRVE |
| Plan technique d'intervention | Trajet du câble entre le point de raccordement et la place, percements, fixations, zones d'intervention dans les parties communes | L'installateur IRVE |
| Schéma de raccordement électrique | Point de départ (services généraux, logement ou compteur dédié), protections, mode de comptage | L'installateur IRVE |
| Lettre de notification | Identité, lot, place concernée, référence au droit à la prise, liste des pièces jointes | Vous |
Si le syndic refuse l'accès aux locaux techniques et empêche ainsi d'établir le plan ou le schéma, ces documents ne sont pas exigés. Gardez alors la trace écrite et datée de vos demandes d'accès.
Les délais à connaître
| Étape | Délai | Point de départ |
|---|---|---|
| Transmission du dossier par le propriétaire bailleur | 1 mois | Réception de la demande du locataire |
| Opposition du syndicat devant le tribunal | 3 mois | Notification du dossier complet |
| Information du demandeur en cas de saisine | 15 jours | Saisine du tribunal |
| Signature de la convention avec le prestataire | 2 mois | Notification des coordonnées du prestataire |
| Syndicat qui s'oppose pour réaliser lui-même un équipement | Travaux engagés sous 3 mois, achevés sous 6 mois | Saisine du tribunal |
De bout en bout, l'Avere-France estime le parcours entre 2 mois et demi et 5 mois et demi pour un propriétaire, et jusqu'à 6 mois et demi pour un locataire. La pose elle-même prend en général une à deux journées.
Exemple de calendrier, avec la prime Advenir
Le piège le plus courant tient à deux délais qui se chevauchent : les 3 mois laissés au syndicat et les 6 mois de validité de l'offre de prime Advenir. Signée trop tôt, l'offre peut expirer avant la fin des travaux.
Le déroulé ci-dessous suppose un copropriétaire qui indique son installateur dès la lettre recommandée.
| Date | Étape | Ce qu'il faut surveiller |
|---|---|---|
| 6 janvier | Visite technique de l'installateur | Accès aux locaux techniques demandé par écrit au syndic |
| 20 janvier | Réception du devis et des trois pièces techniques | Coûts éligibles à Advenir détaillés sur le devis |
| 27 janvier | Devis signé, demande Advenir créée, offre de prime signée | Validité de l'offre : jusqu'au 27 juillet |
| 3 février | Réception de la lettre recommandée par le syndic | Point de départ des 3 mois |
| 3 avril | Fin du délai de 2 mois pour signer la convention avec l'installateur | Saisine du juge possible si le syndic ne signe pas |
| 3 mai | Fin du délai d'opposition | Aucune saisine du tribunal notifiée : les travaux sont possibles |
| Mi-mai | Pose et mise en service | Justificatifs déposés sur la plateforme Advenir avant le 27 juillet |
Dans cet exemple, il reste plus de deux mois de marge sur l'offre de prime. Si le syndicat saisit le tribunal, demandez sans attendre une prolongation à l'équipe Advenir, avant l'expiration du dossier.
Les seuls motifs d'opposition admis
Le syndicat ne peut pas s'opposer par principe, parce que le projet déplaît ou parce qu'un copropriétaire est réticent. Le texte cite deux motifs sérieux et légitimes : l'immeuble dispose déjà d'installations permettant la recharge avec comptage individuel, ou l'assemblée générale a décidé de réaliser un équipement collectif de recharge dans un délai raisonnable.
La liste n'est pas fermée, mais c'est au syndicat de prouver son motif devant le juge, par exemple un risque technique démontré. S'il se prévaut d'un projet collectif et ne l'engage pas dans les 3 mois suivant la saisine, ou ne l'achève pas dans les 6 mois, vous retrouvez le droit de faire vos travaux.
Les deux façons de raccorder la borne
Sur les services généraux. La ligne part du tableau des parties communes, souvent proche du parking. Un sous-compteur mesure votre consommation, que le syndic vous refacture au prix du contrat de la copropriété. C'est le trajet le plus court, donc souvent le moins cher.
Sur un compteur individuel. La borne est reliée au tableau de votre logement, ou à un point de livraison dédié créé par Enedis. Vous payez l'électricité directement à votre fournisseur, ce qui évite la refacturation. Le câble est plus long, ou le raccordement Enedis s'ajoute au devis.
Quel que soit le raccordement, une borne de plus de 3,7 kW, une 7,4 kW par exemple, se fait poser par un professionnel qualifié IRVE.
Vérifiez sa qualification IRVE avant de signer.
Vous êtes locataire
Le locataire ne s'adresse pas directement au syndic. Il notifie son projet à son propriétaire par lettre recommandée, avec les mêmes trois pièces. Le propriétaire transmet le dossier au syndic dans le mois et peut indiquer qu'il préfère réaliser lui-même les travaux. Rien n'empêche d'en adresser aussi une copie au syndic, ce qui facilite le suivi.
Dans un immeuble qui appartient à un seul propriétaire, sans copropriété, c'est ce propriétaire qui reçoit la demande et qui doit saisir le tribunal dans les 3 mois s'il veut s'y opposer. C'est le cas en logement social : le locataire écrit alors à son bailleur. Les questions pratiques (qui paie, sort de la borne au départ) sont traitées dans notre guide borne de recharge pour les locataires.
Cas particuliers
Le droit à la prise vise les places d'accès sécurisé, par exemple un parking fermé par une porte, un portail ou une barrière à badge. Une place sur un terrain ouvert à tous ne remplit pas cette condition, et le projet relève alors d'une décision de l'assemblée. Si le parking est déjà équipé d'une colonne Enedis ou d'une infrastructure d'opérateur, le syndicat peut invoquer la préexistence d'une installation. Le plus simple est alors de demander votre raccordement à cette infrastructure (les offres sont comparées dans opérateurs de recharge en copropriété).
Combien coûte une installation en droit à la prise
Les devis observés se situent en général entre 1 500 et 3 500 € TTC avant aide, selon la distance et le point de raccordement. La prime Advenir prend en charge 50 % des coûts éligibles HT (la borne et sa liaison électrique jusqu'au premier tableau), dans la limite de 1 000 € HT par point de recharge, à condition que l'offre de prime soit signée avant les travaux. La TVA est de 5,5 % si la borne est fournie et posée par le même professionnel IRVE.
Deux exemples de devis détaillés, avec la prime et la TVA, figurent dans prix d'une borne en copropriété.
Le syndic ne répond pas ou bloque : que faire
- Silence pendant 3 mois : sans saisine du tribunal notifiée dans ce délai, vous pouvez réaliser les travaux tels que décrits dans votre dossier. Conservez l'accusé de réception, il fixe le point de départ.
- Refus par courrier ou vote contre en assemblée : ni l'un ni l'autre ne vaut opposition. Seule la saisine du tribunal judiciaire dans le délai compte.
- Accès aux locaux techniques refusé : relancez par écrit, puis faites constater le refus si nécessaire. Le plan et le schéma ne sont pas exigés quand le syndic a rendu leur établissement impossible.
- Convention non signée dans les 2 mois : le juge peut être saisi pour fixer les conditions d'accès et d'intervention du prestataire.
Attention : ne commencez pas les travaux avant la fin du délai de 3 mois, et ne demandez pas d'autorisation à l'assemblée générale, ce qui reviendrait à soumettre au vote un droit qui n'en dépend pas. Une installation posée sans notification régulière ne bénéficie pas de la protection du droit à la prise et peut devoir être déposée à vos frais.
Si plusieurs voisins sont intéressés, une démarche collective peut être plus économique : notre guide pour le syndic et le conseil syndical explique comment la proposer, et la page voter les bornes de recharge en assemblée générale détaille les résolutions et les majorités. Pour le cadre juridique complet, voir réglementation des bornes en copropriété.
Questions fréquentes
Le syndic peut-il refuser le droit à la prise ?
Pas librement. Le syndicat ne peut s'opposer que pour un motif sérieux et légitime, comme une installation déjà existante ou un équipement collectif voté et réalisé dans un délai raisonnable. Il doit pour cela saisir le président du tribunal judiciaire dans les 3 mois suivant la notification, un simple courrier de refus n'a aucun effet.
Quel est le délai du droit à la prise ?
Le syndicat dispose de 3 mois à compter de la notification du dossier complet pour saisir le tribunal. Passé ce délai, vous pouvez faire les travaux. Selon l'Avere-France, comptez au total 2 mois et demi à 5 mois et demi pour un propriétaire, jusqu'à 6 mois et demi pour un locataire.
Faut-il un vote en AG pour installer une borne sur sa place de parking ?
Non. En droit à la prise, l'assemblée générale est seulement informée du projet lors de sa prochaine réunion. Un vote n'est nécessaire que pour un équipement collectif décidé par le syndicat ou pour des travaux supplémentaires sur les parties communes demandés à l'assemblée.
Un locataire peut-il demander le droit à la prise ?
Oui. Il adresse son projet à son propriétaire par lettre recommandée avec les trois pièces techniques, et le propriétaire transmet le dossier au syndic dans le mois. Les travaux restent à la charge du locataire, sauf accord contraire avec le bailleur.
Combien coûte une borne posée en droit à la prise ?
Les devis observés se situent en général entre 1 500 et 3 500 € TTC avant aide, selon la distance et le point de raccordement. La prime Advenir rembourse 50 % des coûts éligibles HT, dans la limite de 1 000 € HT, si l'offre de prime est signée avant les travaux, et la TVA est de 5,5 % quand le même professionnel IRVE fournit et pose la borne.
Qui paie l'électricité en droit à la prise ?
Celui qui recharge. Raccordée aux parties communes, la borne passe par un sous-compteur dont le relevé est refacturé par le syndic, au prix du contrat d'électricité de la copropriété. Raccordée au logement ou à un compteur dédié, sa consommation est réglée directement au fournisseur.
Peut-on commencer les travaux avant la fin des 3 mois ?
Non. Attendez la fin du délai d'opposition, et ne demandez pas non plus d'autorisation à l'assemblée générale. Une installation posée sans notification régulière ne bénéficie pas de la protection du droit à la prise et peut devoir être déposée à vos frais.
Que faire si le syndic ne répond pas à une demande de droit à la prise ?
Son silence joue en votre faveur : si aucune saisine du tribunal ne vous est notifiée dans les 3 mois suivant la réception de votre lettre recommandée, vous pouvez faire réaliser les travaux décrits dans votre dossier. Gardez l'accusé de réception et la copie complète du dossier envoyé.
Sources et textes de référence
- Recharge en copropriété : le droit à la prise, Avere-France avere-france.org
- Les 6 étapes du droit à la prise, de la visite technique à l'assemblée, JeChange jechange.fr
- Obtenir ma prime, programme Advenir advenir.mobi
- Foire aux questions et cas particuliers, programme Advenir advenir.mobi
- Coûts éligibles, programme Advenir advenir.mobi
- Règles de vote en assemblée générale de copropriété, service-public.gouv.fr service-public.gouv.fr
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